Avec ce titre en forme de gros clin d'oeil forcé en direction de l'émission génialissime de Fred & Jamy, je vais vous décrire point par point la méthode que j'emploie, pour transporter mes compositions musicales, de mon confortable salon jusqu'aux terres intimidantes des scènes de spectacle.

Car il est un fait avéré que, si le nombre de compositeurs connaît une croissance manifeste (voir pour s'en convaincre le nombre toujours croissant des nouveaux inscrits sur Audiofanzine, Reason France et bien d'autres communautés musicales), seul un faible pourcentage d'entre eux vont réellement persévérer dans la voie musicale, et parmi eux encore une infime portion monteront sur une scène à la rencontre de leur public. Les freins qui empêchent la progression sont majoritairement techniques. N'ayant pas de secret de fabrication, je vous montre pas à pas, ma façon d'opérer.

1. DÉFINITION DU PROJET

Dans cette étape, il faut se mettre à la place du public. Qu'a-t-on envie de voir en concert ? À quoi veut-on que ça ressemble ? Qu'est-ce qui fera la différence avec les autres artistes ou groupes qui jouent le même style de musique ? Tout un tas de questions qu'il faut se poser au tout début du projet de spectacle, avec son lot de choix à faire. Dans mon cas, un type seul qui compose du hip-hop sur son ordinateur, le raisonnement s'est posé ainsi :

• Problème 1 : visuellement sur une scène, un type seul derrière son ordi n'est pas intéressant. Solution : multiplier les appareils de contrôle pour obtenir du mouvement.

• Problème 2 : étant obligé d'avoir recours à des séquences, le public peut se sentir trompé, "si ça se trouve il appuie sur play et fait semblant d'appuyer sur les boutons". Solution : jouer d'un instrument plus traditionnel. La batterie acoustique se prête à merveille au style de musique que j'interprète, et le public y trouve son compte visuellement.

• Problème 3 : un instrumentiste seul sur scène qui ne chante pas, c'est lassant à regarder à la longue. Solution : projeter des vidéos synchronisées à la musique, qui illustrent l'univers artistique des compositions musicales.

J'aboutis donc à un cahier des charges qui ressemble à : un spectacle musical avec un type seul sur scène qui joue ses compositions sur une batterie acoustique, des machines électroniques, avec des vidéos projetées en fond de scène. OK ! Une fois que cet aspect théorique est défini, passons à la phase pratique.

2. CÔTÉ TECHNIQUE

De la même manière que précédemment, il faut faire des choix et résoudre quelques énigmes.

• Problème 1 : j'ai beaucoup d'appareils / instruments autour de moi, mais je n'ai que deux mains ! Solution : il faut concevoir une sorte de "scénario" pour servir au mieux le titre à interpréter. Par exemple, je joue l'intro au synthé, puis je déclenche les samples avec mon pad électronique, ensuite je joue le rythme à la batterie. Idéalement, il faut le bon geste au bon moment dans la musique. Naturellement, pour permettre le jeu live il faut enlever les-dites parties de la composition originale. Dans mon cas, cela se résume à supprimer quelques briques de lego dans Reason. Cela paraît simple énoncé de la sorte, mais ce sont des choix très importants à prendre à ce stade, car une fois sur scène le public va vouloir vous voir jouer ce qu'il entend dans la sono.

• Problème 2 : il reste encore beaucoup d'éléments que je ne peux pas jouer dans ma musique, je vais donc jouer par dessus des séquences. Comment rester en rythme ? Solution : il faut un signal de métronome que moi seul peux entendre. Je dois donc me munir d'une carte son avec suffisamment de sorties séparées pour être en mesure d'envoyer la séquence vers la sono, et le métronome dans mes écouteurs.

• Problème 3 : il y a de la vidéo à projeter, en synchro avec la musique. Comment vais-je lancer la vidéo et la séquence musicale en même temps ? Solution : au lieu de chercher absolument à synchroniser les événements, simplifions. J'ai choisi d'inclure la séquence musicale dans la piste audio de la vidéo. C'est donc le fichier vidéo qui fournit le son de la séquence, et je dois me caler dessus pour jouer ma partie. Et le métronome ? Ici, il y a une astuce de sioux. J'ai encodé ma musique dans un format audio propre aux installations home-cinema. Il y a plusieurs canaux séparés disponibles, je peux donc isoler une piste stéréo pour la séquence, et une autre pour le métronome, au format Dolby Digital AC3. La manip est réalisée dans Sony Vegas, le logiciel vidéo qui me sert à réaliser mes montages.

3. EN ROUTE POUR LE SHOW

Une fois les grands principes techniques énoncés et résolus, on passe à l'action !

• Problème 1 : je ne vais jamais me souvenir de tout ! Solution : la tracklist. Personne n'est infaillible, et sur scène on a la tête vide : il ne faut pas compter sur une mémoire autre que musicale, on est dans l'action et non dans le cérébral. La tracklist papier est là pour donner un fil conducteur rassurant.

• Problème 2 : j'ai des vidéos à lancer et des sons de Reason à déclencher, comment vais-je me débrouiller pour ne pas m'emmêler les pinceaux ? Solution : faire une playlist avec le logiciel VLC. Cela implique qu'il n'y aura pas de temps mort entre les titres, ou alors il faut prévoir d'ajouter quelques secondes sans image ni son à la fin des vidéos. La playlist est lancée au tout début du concert, et il faut la suivre.

Reason de son côté est préparé comme un instrument virtuel, qui contiendrait tous les sons de tous les titres du concert. Un module Combinator correspond à un titre, il suffit d'appuyer sur les touches fléchée haut et bas de l'ordi pour changer de Combi.

Ici, Reason fait honneur à sa réputation de grand économe en ressources, car il ne prend que très peu de puissance de calcul. Cela tombe à pic, car la lecture vidéo HD 720p prend près de 60% d'occupation du processeur sur mon Macbook Intel core2duo.

Voilà pour les grandes lignes, je suis dispo pour toute question !